Un label historique

Manfred Eicher

ENFIN ! ECM (Edition of Contemporary Music), label allemand fondé en 1969 par le contrebassiste Manfred Eicher, vient de rendre l’intégralité de son catalogue disponible sur les diverses plateformes de streaming audio. Une nouvelle qui a de quoi ravir les aficionados de musique savante. Historiquement, c’est l’un des plus grands labels de jazz au monde, le leader européen, sans aucun doute, concurrent direct de l’américain Blue Note. Depuis le milieu des années 80, ECM s’est diversifié et a ouvert ses portes aux musiques classiques et contemporaines, avec le lancement de « ECM New Series ». Épuré, intimiste, assez monochrome et quelque peu empreint du fameux « nordic tone » (son caractéristique du jazz scandinave), telle est l’esthétique du label, qui, il faut l’avouer, ne propose pas toujours des références des plus accessibles. Disons qu’il sera compliqué d’y dégoter un bon vieux disque de swing, chaleureux et dansant, qui animera la cousinade du dimanche. Non, quand on écoute un album ECM, c’est une expérience, réflexive et introspective.

Naissance de ECM New Series en 1984

 

La réputation d’une maison de disques passe en premier lieu par les artistes qui ont fait sa renommée. Ne dérogeant pas à cette règle, ECM compte ses quelques légendes. Véritable pionnier, le plus fidèle et le plus prolifique d’entre tous, le saxophoniste Jan Garbarek a enregistré quasiment 60 disques pour le label. Viennent également à l’esprit, les guitaristes Pat Metheny et John Abercrombie, ou encore le pianiste Paul Bley. On n’oubliera pas de mentionner Keith Jarret, et son célèbre album live « The Köln Concert », l’un des plus gros succès du genre, et même, l’enregistrement jazz en solo le plus vendu de tous les temps, à hauteur de 3,5 millions d’exemplaires !

 

Manfred Eicher & Keith Jarrett en studio © Randi Hultin

 

Jazz et streaming

Particulier et vieillissant, le public amateur de jazz peine à se renouveler. La disparition progressive de ce genre dans les médias généralistes, n’y étant sans doute pas étrangère, en a fait, plus que jamais, une musique de niche. Si le jazz n’a pas été épargné dans la baisse globale des ventes de disques de cette dernière décennie, son audience, pas forcément initiée aux nouveaux outils technologiques, continue d’avoir recours, principalement, à la consommation dite « physique ». En revanche, d’un point de vue « digital », on est proche du catastrophique. En 2015, seules 18% des ventes totales en jazz étaient issues du numériques. Évidemment, on mettra en cause le vieillissement du public, mais pas seulement. Il faut bien avouer que les plateformes de streaming sont particulièrement pratiques pour une consommation ponctuelle. En jazz, rares sont les tubes interplanétaires, ce qui pousse les amateurs à écouter des albums plutôt que des titres ça et là. De fait, acheter des disques reste gage d’un réel intérêt. Qui plus est, le jazz étant souvent instrumental, il est toujours agréable feuilleter les ‘booklets’ pour trouver le détail des musiciens impliqués. Cela se vérifie sur Spotify et les autres : en consultant les pages d’artistes jazz, les écarts d’écoutes entre les différents morceaux et albums sont beaucoup moins élevés et évidents que pour un artiste pop ou hip-hop dont le titre phare d’un album peut parfois être 10 fois plus écoutés que les autres, si ce n’est plus. Bon après, il y a des exceptions. Notamment avec les jazzmen, dont on se dit « Tiens, je le connais de nom celui-là ! ».

 

En bref, l’arrivée de ECM sur les plateformes digitales pourrait représenter une grande étape dans l’histoire des relations ente jazz et streaming. Soit il pourrait tourner une audience habituée à la consommation physique vers la consommation digitale, ou à l’inverse, ouvrir la musique jazz à une audience plus large déjà connectée sur les plateformes. Sinon, pourquoi pas un peu des deux ?

 

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