Eclosion 3

Il y a six mois de cela, à mon retour sur Paris après pas mal d’absence et de vadrouille loin de France, je me souviens de mes potes qui m’annonçaient plein d’entrain que notre capitale était en pleine émulation et qu’une grosse métamorphose musicale s’était opérée en seulement trois ans sur la scène électronique.
Non pas que je sois de la génération Tryptique (mais j’ai tout de même connu les grands monsieurs devant le Social Club qui te recalaient quand toi tu tendais innocemment ta place à 20 balles pour aller voir Danger un jeudi soir à minuit pensant naïvement que « j’ai acheté mon billet je peux légitimement prétendre à entrer à l’intérieur » était une raison valable), cependant mon aptitude à exprimer ma joie et mon enthousiasme quant à la nuit parisienne s’était retrouvée bridée par ce constat relativement unanime à l’époque : « Sortir à Paris, c’est pas vraiment la folie du tout »

Bref, je reviens sur ce qui m’amène aujourd’hui. Enfin, pas encore.
Il y a six mois, mes potes me motivent pour aller jusque Torcy. N’ayant pas connu les éditions précédentes, vous comprenez bien que seules deux choses pouvaient m’amener à prendre le RER A de l’infini un week-end sachant que je me le tape tous les matins et que je considère cette délicate étape matinale comme bien suffisante : un lieu qui déboîte et un line-up qui déboîte tout autant. (Celui qui pensait que j’allais annoncer « des meufs et des drogues », il est complètement hors sujet)

Ma réponse fut pleine de sarcasme et au final bien insipide  :

« Non mais, autour d’un lac, oui, mais bon, moi j’étais dans le désert au Monegros y a quelques mois, donc bon, tu vois, hein, voilà. »

Après, je pourrais m’embêter lourdement à trouver un gif pour vous montrer grosso modo ma tête quand j’ai vu qu’ils allaient enchaîner Moudaber, Fitzpatrick, NU, Ellen Allien et Sasha Braemer, mais vous n’aviez qu’à me connaître à l’époque pour me voir danser comme un petit fou devant le mec qui revenait de six mois d’Ayahuasca ou Alan qui nous claquait à tous son énorme Skeksis dans la tronche.
Alors après m’être défoulé pendant deux jours passant d’Ellen Allien nous inventant une nouvelle musique magique ou la petite micro-house de la scène roumaine à la mode autour d’un stage intimiste, j’avais vraiment à cœur de retrouver le team qui m’avait vendu du rêve au début de l’été.

Voilà ce qui m’amène aujourd’hui, c’est l’édition de la Marvellous Island appelée « Eclosion » qui rassemblait 3500 personnes au Docks de Paris samedi soir dernier. (En aucun cas, je ne parlerai de l’autre soirée qui se déroulait juste à côté, promis) et je vais tenter de vous partager ma soirée.

Un lieu bien exploité

Je parlais de l’importance du lieu plus haut. A mes yeux, un bon tiers d’une soirée se joue sur l’ambiance qui s’imprègne et surtout l’adéquation entre la musique et le mood recherché. On aura toujours un public puriste qui reprochera à la Drôm d’être trop dénudé ou au Rex de ne pas avoir anticipé l’augmentation de la taille moyenne sur les générations suivantes. Je pense même que certains ont déjà reproché au Berghain de ne pas permettre de repartir avec un selfie, mais bon, c’est une autre histoire.
Samedi soir, on partait sur une base classique : Dock de Paris, gros hangar, extérieur agréable et aéré.
Là où s’est joué le tout selon moi, c’est clairement sur l’intervention de Minderz qui ont juste pété un câble avec leur mapping 3D de grosse qualité. Autre point positif, le Dôme recouvert de loupiottes. Sans que ce soit incroyable à réaliser, la petite touche était indéniable et très largement appréciable. Bien joué les gars, je vous adoube pour l’effort !

Eclosion 6

Un peu moins funky : les prix. Si les taros de l’entrée restaient dans l’acceptable pour Paris, je commence à être légèrement saoulé des pintes à dix balles. Et quand je dis saoulé, c’est pas dans le bon sens du terme.
Je sais ce que coûte de faire de la production, et puis Romain Reynaud commence surement à palper sévère, mais la Cristalline 50cL à 5€, c’est vraiment pas l’esprit que je cherche (sans oser extrapoler à l’ensemble de la foule, mais pour avoir entendu un nombre de remarque relativement considérable sur cette petite douille, je tente le pari quand même).
Non, oui, et aussi, sans déconner, offrez au moins des verres d’eau, on n’est pas des bêtes.
J’ai gardé le sourire toute la soirée, mais devoir aller faire la queue aux toilettes pour boire une gorgée d’eau parce que j’ai pas la thune pour me payer plus qu’un demi et une eau plate en plus de la place, ça me force à me replonger dans ma triste condition d’homme pauvre alors que je viens justement à la base ici pour m’évader dans ma triste condition d’homme pauvre, m’voyez ?

Juan Atkins, mauvaise habitude ?

Dans la queue à l’entrée, après les 20 minutes de queue réglementaire  – relativement rapide compte tenu que tout le monde s’est ramené vers la même heure – j’ai entendu des gens déjà perchés me parler de Juan Atkins comme le prince de Détroit. J’ai pas manqué de ramener ma science en leur conseillant son boiler live de l’année dernière que je trouve vraiment tout pourri.

On pourrait parler de son double passage à Paris en juin dernier qui ne m’avait pas exalté plus que ça. Enfin, j’ai des potes qui l’ont vu au Trésor en août dernier et ne semblaient toujours pas être redescendus trois semaines après. J’ai toujours un doute que tout ça soit plus lié au Trésor qu’autre chose.
En m’essayant à l’objectivité la plus constructive possible, pour « un des trois papas de la techno » comme beaucoup le disaient les fesses posées sur la paille en parlant musique de pointe et kicks salvateurs, c’était un set plutôt moyen, avec quelques petites percées et des classiques, comme une belle track d’Ansome placée au bon moment et que j’aime tout particulièrement, ou un bon Surgeon qui fait toujours aussi bien le taf.

Eclosion 4

Puisque je parlais de sincérité, j’avais oublié d’avouer que je m’étais pointé pour le milieu de Livio&Roby que j’affectionne et que je sais toujours bons et que je ne permettrai donc aucun commentaire sur les mecs précédents. De toute façon, j’ai parlé de Juan Atkins par principe (et si je commence à parler de ses transitions, on va tous s’énerver), depuis le début que je vous saoule avec mon histoire, ma seule envie c’est de parler de Traumer (bordel !!!).

Traumer dans son salon

« Et dire que je ne le connaissais pas y a encore un an ». Si je devais faire un condensé de ce qui revient le plus à son sujet, ça serait sûrement ça… et peut les « Allez là », mais c’est une autre histoire aussi.
Moi, ce qui me marque à son sujet, c’est son côté éclectique.

Eclosion 5

Certes, il a évolué depuis ses débuts et ses 16 ans. Il est loin l’IRM Records et ses tracks avec Electric Rescue sur Skryptöm – même si ça ne les empêche pas de revenir foutre la merde de temps à autres un peu partout avec son pote Maxime Dangles sous son alias Roman Poncet.
Non, vraiment, il a prit une ampleur que je n’imaginais pas il y a encore deux ans. Oui, sa collob’ avec Len Faki est passée par là, il nous a pondu Hoodlum que j’ai entendu une bonne cinquantaine de fois cet été en soirée (Maceo Plex et Tale of Us l’avaient passé à deux jours d’intervalle à Barcelone l’été dernier et c’était toujours autant de la bombe).

Ce mec peut donc passer d’un gros track avec Modern, s’essayer à des sons presque poétiques avec Slow Run (avec un clip et des paroles magnifiques) et se tenter à la deep avec son alias Marion Poncet, retourner sa veste en repartant avec Loco sur Desolat et puis se dire qu’il taperait bien sur les tambours avec des remix aux sonorités africaines (je pense que tout le monde a apprécié ce son)

Oui, ce mec a tout d’un génie, et il l’a prouvé samedi. Pas une faute de goût, des transitions léchées avec pourtant des sons osés et des kicks de folies. Les vagues étaient bonnes, même géniales, les gens dansaient et le peuple était heureux et ça se sentait.
Set extatique.
La seule question qu’on s’est tous posé : Pourquoi avoir coupé à 5H40 ?
Vu la réticence des gens à quitter le lieu après son closing, je pense encore une fois pouvoir m’annoncer et m’avancer au nom de tous : on en redemande, on vous remercie et on reviendra.

Eclosion 1

Si je devais maintenant conclure, Eclosion, c’était de la patate. Pour le lieu exploité comme des pros, pour Traumer et pour le mood général des gens que j’ai trouvé réellement très bon. Oui, une foule bien éclectique mais tout le monde de bonne humeur et venu faire la fête ensemble, ça fait plaisir. J’ai retrouvé ce petit quelque chose qui m’avait donné la pêche à Torcy.
Dernier petit bémol et amélioration pour le future si vous me lisez la team Marvellous, le vestiaire de fin, c’était pas vraiment l’after que je voulais, mais promis, je ne vous en tiens pas rigueur, et je vous donne rendez-vous pour la Big Bang le 6 et 7 novembre !!

Les plus :

– L’exploitation du lieu et la qualité du son
– Le mapping
– Le bon mood des gens
– Traumer

Les moins :

– Le prix de l’eau
– Juan Atkins et ses transitions
– Le vestiaire de fin
– La coupure à 5H40 : Il est où l’after ? !

Note : 15/20

 

Eclosion 2

 

Photos : Vincent Charbit

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